Jean qui pleure et Jean qui rit

Nous avons déjà parlé ici des deux éditeurs de jeux sociaux qui dominent le marché : Zynga et King. Ceux-ci connaissent en ce moment des fortunes très diverses. Alors que Zynga voit sa cotation boursière fondre de jour en jour, King Digital Entertainment, quant à lui, est sur la pente ascendante. Essayons maintenant de donner une explication à ce contraste saisissant (voir le graphique ci-dessous). Certaines franchises de Zynga se font vieillissantes (FarmVillage et Zynga Poker) et perdent régulièrement des utilisateurs actifs, de plus, la société a sûrement trop tardé à lancer de nouveaux concepts. De son côté, King tire toujours la plupart de ses revenus de sa saga phare Candy Crush dont une nouvelle version édulcorée est sortie en novembre. Dans le même temps, King diversifie son offre en parvenant à classer lors des derniers mois trois de ses jeux dans le top 10 de l’App Store et quatre sur Google Play aux Etats-Unis.

On peut quand même remarquer des tendances similaires chez les deux éditeurs comme la progression des paiements via mobile et la part accrue des revenus provenant de la publicité. En ce qui concerne l’avenir, la compétition n’est pas terminée, loin de là, car Zynga a annoncé la sortie de pas moins de 10 nouvelles franchises cette année et va fermer son bureau de Pékin pour faire des économies.

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Une consommation digitale au ralenti

Y aurait-il une tendance à la stagnation quant au temps passé sur les réseaux sociaux ? On peut le penser si l’on jette un coup d’œil au graphique ci-dessous fourni par Globalwebindex.

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Alors que le temps a navigué sur Internet s’accroît de manière régulière (plus de 6 heures par jour en moyenne en 2014), on remarque que la part de ce temps alloué au réseautage est plutôt « plate » (de 1,61 heure à 1,72, progression 2012 – 2014). On assiste surtout à une multiplication de l’offre et donc à un certain éparpillement des utilisateurs qui se déplacent d’une plate-forme à l’autre en passant moins de temps sur chacune. Les utilisateurs gèrent en moyenne leurs profils sur 3,2 différents réseaux. Un véritable casse-tête pour les marketeurs et l’allocation de leur budget publicitaires en ligne.

Autre tendance intéressante, celle de l’engagement des entreprises dans l’ère digitale, non plus du point de vue strictement monétaire mais en matière de collaborateurs. Selon une récente étude de Mondo, 80% des compagnies vont accroitre leurs ressources dédiées au recrutement et au développement de leur équipe digitale. Quatre domaines sont principalement impactés : les professionnels des réseaux sociaux, de la création de contenu, du traitement et de l’analyse de « big data » et des stratégies mobiles.

Principe entropique

Qui dit nouvelle année dit aussi toute une flopée d’études sur les tendances 2015. Et cela ne concerne pas les nouvelles bottines de madame ou les cols en V de monsieur. Ici on parle bien des perspectives digitales ! Salesforce a interrogé 5000 responsables marketing du monde entier pour connaître leur opinion, et, pour une fois, l’unanimité a surgit : l’accent sera mis cette année sur les réseaux sociaux et le mobile. 64% des sondés ont répondu que les réseaux sociaux étaient la clé en ce qui concerne la vente de leurs produits ou services. Une proportion qui atteint des sommets quand il s’agit du marketing mobile.

Autre défi de taille, dans la masse d’informations et de nouveaux services lancés quotidiennement, celui qui va conduire les marketeurs à réunir, trier et mettre à jour les ressources dont ils disposent. Comme le résume Jeffrey Rohrs, vice président de la branche Marketing Insights chez Salesforce : « Dans le monde entier, uniformément, tout le monde a l’impression d’être toujours à la traîne ou de ne pas faire les choses de la bonne manière ». Encore une fois l’adage qui dit qu’un homme averti en vaut deux sera de mise, il va falloir se mettre à la page et s’adapter de plus en plus rapidement.

J’en profite ici pour ouvrir une petite parenthèse et intégrer cette image qui en dit long :

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L’édition 2015 du Marketing Technology Landscape Supergraphic a été publiée et la comparaison avec 2014 est univoque. Le monde de l’internet s’accroît à vitesse grand V (plus d’infos ici).

Quid du client ? Parmi les marketeurs qui ont répondu au questionnaire, un fort pourcentage pense que le consommateur doit se trouver au centre des stratégies digitales. Un customer journey efficace induit la prise en compte de l’ensemble des interactions client – marque, et là aussi, le mobile est en tête de liste : 50% des personnes sondées considèrent en effet que les applications sur smartphones constituent la technologie la plus performante pour créer un bon parcours client.

Dernier point, la mesure de l’efficacité des campagnes digitales est de plus en plus liée à cette satisfaction client. Certains indicateurs traditionnels comme le taux de conversion ou le retour sur investissement s’effacent peu à peu devant la qualité de l’expérience client.

Facebook en lice pour le Pulitzer ?

Nous le savons depuis quelques années maintenant, une révolution silencieuse secoue le monde de l’information. Les réseaux sociaux ont fait éclater les rapports entre les individus et les médias traditionnels influençant ainsi le partage, l’accès et la rédaction des actualités quotidiennes. Dans un article daté du 25 novembre Le Monde s’applique à montrer que les algorithmes utilisés pour dispenser les fils d’actualités (Newsfeed) sur les plates-formes sociales bouleversent un peu plus l’ordre établi.

Selon une étude du POW Center, Facebook est le réseau social qui constitue le meilleur pont vers la lecture d’informations (30% des utilisateurs). Facebook qui déploie un algorithme contenant plus de 100 000 variables pour afficher selon l’utilisateur, le contenu qui pourrait (devrait) lui plaire.

Social Media as a Pathway to News: Facebook Leads the Way

Certains journalistes ne tardent pas à donner de la voix : « Des ingénieurs, qui pensent rarement au journalisme, à l’impact culturel ou à la responsabilité démocratique des médias, prennent tous les jours des décisions qui modèlent la manière dont l’actualité est créée ou partagée » commente Emily Bell, ancienne responsable des éditions numériques du Guardian.

En modifiant un ou deux paramètres, ces informaticiens façonnent l’actualité mondiale sans s’en rendre compte : des événements peuvent ainsi être passés sous silence alors que d’autres prennent des proportions gigantesques. Elle ajoute en complément : « A chaque fois qu’un algorithme est modifié, une décision éditoriale est prise. »

Quelles sont donc les conséquences de ce phénomène sur la communication des entreprises ? En termes de communication de crise par exemple, l’entité visée n’a plus aucune prise sur ses annonces qui peuvent être multipliées à l’envi. Sa stratégie ne peut plus se baser sur l’espoir que les choses se tassent d’elles-mêmes, il faut donc diffuser un message clair, sans s’éparpiller et surtout jouer la carte de la transparence totale.

Crocodile Dandy

Saluons cette semaine une initiative originale : la marque au crocodile a lancé le 19 novembre dernier un jeu-concours appelé #SPOTTHECROC sur l’application mobile Snapchat (vous savez cette messagerie qui permet d’envoyer des photos et vidéos à durée de vie limitée, ils sont aussi connus pour avoir rejeté des offres de rachat gargantuesque de Facebook et Google). Pour mettre en lumière leur slogan « Life is a beautiful sport », Lacoste va publier cinq petites vidéos de 10 secondes chacune mettant en scène des sports urbains, et, un crocodile caché dans la jungle de nos villes. Les utilisateurs qui suivent la marque sur Snapchat auront la possibilité de la visualiser deux fois, et deux fois seulement en 24h pour débusquer l’étrange animal. Les 10 premiers à trouver le croco gagne une réduction  sur leur prochain achat.

Une tentative réjouissante quand on sait que les marques françaises sont encore assez frileuses à investir Snapchat pour leurs campagnes digitales. Bien utilisée pourtant, elle peut être une plate-forme génératrice d’engagement et de visibilité, on l’a vu par exemple avec la campagne de l’association Médéric Alzheimer « Snapzheimer ».

La nouvelle offre publicitaire de Facebook en détail

En liant avec l’article précédent, Laurent Solly, directeur général de Facebook France, nous dévoile dans cette vidéo, les tenants et les aboutissants d’une toute nouvelle stratégie du réseau social pour augmenter ses revenues publicitaires et permettre aux annonceurs de cibler avec plus de précision les clients potentiels.

En résumé, Facebook, tout comme Google, s’intéresse à nos PME . Nous nous retrouvons donc à la convergence de deux tendances : géolocalisation et publicité hyper locale. « 66% du chiffre d’affaires au niveau mondial de Facebook est généré sur les appareils mobiles », voici donc une manne à exploiter. Alors pourquoi ne pas proposer aux PME des investissements publicitaires qui augmenteraient leur visibilité auprès des clients de leur région (ou de passage) en ciblant les utilisateurs connectés à proximité et en affichant des annonces liées à leurs centres d’intérêt.

Dans le même temps, cela peut permettre aux entreprises internationales d’adapter leurs campagnes aux cultures locales, passant par la-même pour un acteur de proximité, proche des besoins des habitants de la région ciblée.

Quel est ici le levier utilisé par la plate-forme sociale ? C’est assez simple : vous, petites PME êtes face à un monde changeant, flou, parfois complexe à définir. Nous avons de quoi (des millions d’informations clients compilées dans une base de données) vous ouvrir l’accès à un marché qui vous semble volatile. Notre système permet de mesurer et de décortiquer les besoins et les envies des utilisateurs, voilà ce que nous vous offrons. Dans ce cas, Facebook présente aux entreprises une figure de l’homo œconomicus, espèce rationnelle qu’elles pensaient éteinte depuis des lustres.

Les PME se mettent peu à peu à la page

Les PME mettent l'heure réseaux sociaux

 

 

 

 

 

 

Un graphique vaut parfois mieux que de longs discours. Un article paru récemment dans Les Echos nous éclaire un peu plus sur la relation  qu’ont les PME en France avec les réseaux sociaux. Un constat s’impose : en 2013, seules 20% des entreprises françaises de plus de 10 salariés étaient présentes sur les réseaux sociaux, contre 30 % pour leurs homologues européennes. Et pourtant l’intérêt des Français semble être au rendez-vous, près de 69 % des 28 millions d’utilisateurs de Facebook « likent » au moins une TPE ou une PME…

Facebook leur fait pourtant les yeux doux en offrant par exemple 40 euros de crédit publicitaire pour toute PME participante et avait lancé en 2013 le programme « En route vers le succès », qui proposait une assistance téléphonique personnalisée pendant quatre semaines. On peut alors se demander qu’est ce qui cloche ? Une enquête de l’Association Progrès du Management a mis en lumière que 49% des entrepreneurs craignent de dévoiler des informations confidentielles. Mais cela n’est que la face cachée de l’iceberg, là où les grandes entreprises ont compris que l’on pouvait créer tout un univers sur les médias sociaux, les petits poucets eux se sentent un peu noyés dans la masse. Au contraire de certaines grandes enseignes, comme Oasis, M&M’s, Redbull ou la Redoute qui sont parvenues à fidéliser plusieurs centaines de milliers de personnes, passant du statut d’entreprise austère à celui d’enseigne affinitaire, les PME ont du mal à s’inventer une e-réputation. Peut-être aussi parce qu’elles ont l’impression que les outils sont trop nombreux, vidéos, photos, mini-jeux, advergames…

La stratégie consiste ici à rester simple en déployant une véritable histoire de la marque et en jouant sur son authenticité tout en diffusant du contenu de qualité facilement partageable. Ne pas voir les choses en grand tout de suite mais plutôt développer sa propre touche pas à pas en collant avec les forces de l’entreprise. Prenons pour exemple la marque Le Slip Français qui s’est ouverte aux réseaux sociaux au moment même de sa création, en 2011. Trois ans plus tard, elle compte 40.000 fans sur Facebook, près de 8.000 followers sur Twitter, plus de 1 million de vues sur YouTube… et un chiffre d’affaires multiplié par 40, à 1,6 million d’euros ! La clef, estime Charlotte Cochaud, community manager de Michel et Augustin, c’est « d’instaurer un rapport amical avec le fan, un peu comme le coiffeur qui offre le café à son client ».